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John Steinbeck "Des souris et des hommes"

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  Des souris et des hommes John Steinbeck - 1937 Des souris et des hommes fait parti de ces livres que l'on referme sans pouvoir parler, la gorge serrée, le regard perdu quelque part au-delà de la page.  George et Lennie sont deux ouvriers agricoles qui sillonnent la Californie des années trente à la recherche de travail. L'un est vif, pragmatique, toujours sur ses gardes. L'autre est colossal, doux comme un enfant, et ne comprend pas sa propre force. Ils partagent un rêve, une petite ferme à eux, quelques lapins, la liberté, ce rêve modeste et lumineux qui les fait avancer malgré tout. Steinbeck tient son récit en moins de cent cinquante pages. Pas une de trop. Je pensais lire une histoire simple. J'ai été traversée par quelque chose que je n'avais pas vu venir. Ce qui bouleverse ici, ce n'est pas le malheur en lui-même, la littérature en est pleine, mais la tendresse. La tendresse absolue, presque insoutenable, qui lie ces deux hommes. George ronchonne...

Rusty James de Francis Ford Coppola

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  Rusty James Francis Ford Coppola · États-Unis, 1983  Avec Matt Dillon, Mickey Rourke, Dennis Hopper Il arrive que l'on entre dans un film, non pas par l'histoire, non pas par les personnages, mais par une lumière. Une lumière qui tombe d'une certaine façon, qui cisèle les visages et qui vous convainc, avant même que la première réplique soit prononcée, que vous vous trouvez en présence de quelque chose de rare. Rusty James est ce film-là . Celui dont on ressort troublé, non pas parce que l'on a été remué par une intrigue, elle est belle, certes, elle porte sa part de vérité et de douleur, mais parce que l'on a traversé une expérience visuelle d'une cohérence presque vertigineuse. Le parti pris est saisissant dès les premières images. Ce noir et blanc, que l'on serait tenté de dire bressonien, si Coppola n'y insufflait pas une sensualité toute américaine, n'est jamais un ornement nostalgique, jamais une affectation d'auteur. Il est la con...
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Lee Miller au Musée d'Art Moderne de Paris Certaines existences débordent de toutes parts : trop denses, trop contradictoires, trop libres pour tenir dans les cases que le monde leur réserve. Lee Miller fut de celles-là. Mannequin adulée de la scène new-yorkaise, artiste surréaliste dans le Paris des années folles, photographe de mode, portraitiste des grands esprits de son temps, et enfin correspondante de guerre sur les fronts les plus dévastés de la Seconde Guerre mondiale. Oui, elle fut tout cela, successivement et simultanément, avec une intensité qui laisse encore aujourd'hui sans voix. Le Musée d'Art Moderne de Paris lui rend un hommage à la mesure de ce destin hors norme : la plus importante rétrospective qui lui ait été consacrée en France depuis vingt ans, réunissant près de deux cent cinquante tirages anciens et modernes, dont plusieurs n'ont jamais été montrés au public. Née en 1907 à Poughkeepsie dans l'État de New York, Elizabeth Miller grandit dans ...

Frédéric Beigbeder , Ibiza a beaucoup changé

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Ibiza a beaucoup changé , de Frédéric Beigbeder   Le titre sonne comme un épitaphe. Celle d'une époque, d'un mode de vie, d'un homme qui fut l'un des plus joyeux naufragés des nuits parisiennes et ibiziennes. Retiré depuis quelques années à Guéthary, Beigbeder rassemble ici une vingtaine de nouvelles pour composer ce qui ressemble moins à un recueil qu'à un bilan de liquidation : drôle, acide, et parfois d'une tristesse élégante. Le style reste immédiatement reconnaissable. Une écriture nerveuse, des formules qui claquent, une ironie qui n'exclut jamais l'autodérision. Mais quelque chose a changé dans le registre : la nostalgie a pris plus de place que la provocation. On sent un homme qui observe le monde contemporain avec une perplexité sincère, les réseaux, le bruit, la vitesse, et qui se demande à quel moment exactement tout a basculé. Le livre se lit avec un plaisir vif, presque coupable, comme si l'on feuilletait le journal intime d'une g...

Les frères Karamazov, Dostoïevski au Théâtre du Nord-Ouest, adaptation de Jacques Copeau, direction et costumes Jean Marzouk

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  Il faut une certaine témérité pour s'y aventurer. En apprenant que le Théâtre du Nord-Ouest s'attaquait aux «  Frères Karamazov  » , j'ai ressenti une curiosité mêlée d’une inquiétude sourde. Dostoïevski, c'est un continent, pas un roman. Plus de mille pages d'une densité presque organique, où la métaphysique russe, la boue des passions humaines et la grâce traversent les mêmes personnages sans jamais se résoudre. Comment soumettre un tel monument à la discipline cruelle de la scène ? Comment contraindre cette respiration démesurée dans l'espace d'une salle, d'une soirée, d'un corps d'acteur ? La réponse tient, ici, à un choix d'ancêtres avisés. L'adaptation s'appuie sur le travail de Jacques Copeau, ce grand artisan du théâtre français du début du siècle dernier, qui avait compris que Dostoïevski n'était pas à résumer, mais à distiller. Jean Marzouk s'inscrit dans cette lignée avec une évidente probité : il ne cherche pas ...

Dostoïevski "Les frères Karamazov"

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Pendant des années, ce roman m'a regardée depuis l'étagère avec la gravité muette des monuments. Je l'ouvrais, le refermais, le rangeais. On remet à plus tard ce dont on pressent qu'il nous dépassera. Et puis, un jour, on finit par céder. Et on se dit qu’on avait tort de résister. Ce n'est pas la paresse qui m'a tenue éloignée des Frères Karamazov si longtemps, mais quelque chose de plus subtil: une intimidation sincère. Ce pavé de mille pages, ce chef-d'œuvre dont on parle avec des superlatifs qui finissent par décourager autant qu'ils invitent, m'avait toujours semblé appartenir à une autre catégorie de lectrice que celle que j'étais. Je l’avais acheté, puis ouvert à la première page, lu quelques lignes, et refermé avec la sensation confuse de ne pas mériter encore tout à fait une telle lecture. On se raconte ces histoires-là. On se dit qu'il faut le bon moment, les bonnes dispositions, une forme de maturité qu'on n'a pas encore to...

"Le diable s'habille en Prada 2" de David Frankel

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Il y a des suites que l'on redoute et d'autres que l'on espère. Celle-ci, on l'attendait. Vingt ans après, David Frankel rouvre les portes de Runway et, l’on y entre avec ce mélange de fébrilité et de tendresse propre aux retrouvailles que l'on sait précieuses. L'ambiance est là, intacte, presque miraculeusement préservée. Le même vertige glacé dans les couloirs du magazine, la même tension électrique entre les êtres, le même sens du détail vestimentaire érigé en arme. On s'installe dans son fauteuil et l'on sourit. Ce sourire de reconnaissance que procurent les films qui ont compté. Les comédiens Car c'est d'abord eux que l'on retrouve, et c'est eux qui font tenir l'édifice. Emily Blunt est redoutable dans le rôle de cette Emily métamorphosée en prédatrice du luxe. Une femme qui a appris de la meilleure et qui retourne ses leçons contre sa propre maîtresse avec une jubilation froide et parfaitement maîtrisée. Anne Hathaway retrouve...