Oscar Wilde "Le portrait de Dorian Gray"
Il y a des livres qui, lus une fois, vous marquent pour toujours ; lus dix fois, ils continuent de vous surprendre ; et lus à nouveau après avoir vu une adaptation théâtrale particulièrement sensible, comme celle qui se joue en ce moment au Lucernaire, ils semblent soudain vous parler d’une voix plus proche, plus incarnée. C’est ce qui m’est arrivé avec « Le Portrait de Dorian Gray» d’Oscar Wilde. En sortant de la salle, les intonations des comédiens résonnaient encore sous les phrases du roman, comme si les mots d’origine avaient été légèrement réchauffés par des souffles humains. Mais ce n’est pas de la pièce que je veux parler ici ; c’est du livre lui-même, ce chef-d’œuvre d’élégance cruelle qui, depuis 1891, continue de nous tendre un miroir implacable. Tout commence par une formule presque innocente : un peintre, Basil Hallward, achève le portrait d’un jeune homme dont la beauté est si absolue qu’elle en devient presque surnaturelle. Dorian Gray entre dans l’atelier comme o...