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Affichage des articles du mars, 2026

Oscar Wilde "Le portrait de Dorian Gray"

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Il y a des livres qui, lus une fois, vous marquent pour toujours ; lus dix fois, ils continuent de vous surprendre ; et lus à nouveau après avoir vu une adaptation théâtrale particulièrement sensible, comme celle qui se joue en ce moment au Lucernaire, ils semblent soudain vous parler d’une voix plus proche, plus incarnée. C’est ce qui m’est arrivé avec «  Le Portrait de Dorian Gray» d’Oscar Wilde. En sortant de la salle, les intonations des comédiens résonnaient encore sous les phrases du roman, comme si les mots d’origine avaient été légèrement réchauffés par des souffles humains. Mais ce n’est pas de la pièce que je veux parler ici ; c’est du livre lui-même, ce chef-d’œuvre d’élégance cruelle qui, depuis 1891, continue de nous tendre un miroir implacable. Tout commence par une formule presque innocente : un peintre, Basil Hallward, achève le portrait d’un jeune homme dont la beauté est si absolue qu’elle en devient presque surnaturelle. Dorian Gray entre dans l’atelier comme o...

"Le Barbier de Séville ou la précaution inutile" au Lucernaire

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  Au Lucernaire, Le Barbier de Séville retrouve une jeunesse éclatante sous la direction inspirée de Justine Vultaggio. Loin de figer l’œuvre dans un écrin patrimonial, la metteuse en scène lui insuffle une vivacité réjouissante, comme si Beaumarchais avait écrit ses répliques hier. Dès les premières minutes, le ton est donné : ici, le rythme est roi. Tout s’enchaîne avec une précision d’horloger, sans jamais sacrifier la respiration du texte. Les quiproquos fusent, les apartés glissent avec malice jusqu’au public, et l’on redécouvre à quel point cette mécanique comique repose sur une intelligence du langage et du tempo. Justine Vultaggio semble avoir compris que la modernité de la pièce tient moins à une actualisation forcée qu’à une direction d’acteurs fine, presque musicale. Car ce sont bien les comédiens qui font battre le cœur de cette mise en scène. La troupe, soudée et généreuse, porte la pièce avec un enthousiasme communicatif. Figaro, pivot espiègle de l’intrigue, irradie ...

"Le portrait de Dorian Gray" au Lucernaire

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Avant les filtres Instagram et l’algorithme qui récompense la perfection, Oscar Wilde avait déjà inventé le cauchemar moderne : un Dorian Gray qui reste jeune et likable forever… Au Lucernaire,  Le Portrait de Dorian Gray  prouve qu’Oscar Wilde n’a pas pris une ride La nouvelle adaptation proposée par Thomas Le Douarec ne cherche pas à moderniser l’œuvre à coups d’effets spectaculaires. Elle fait mieux : elle lui fait confiance. Et c’est peut-être là, paradoxalement, son geste le plus audacieux. Dans cette reprise donnée au Lucernaire, la mise en scène s’inscrit d’abord dans une tradition théâtrale presque rituelle. Les trois coups solennels qui ouvrent la représentation rappellent ce cérémonial ancien qui précède l’illusion. Le texte de Wilde est respecté dans toute sa précision ciselée, comme un bijou qu’on manipule avec précaution. Et lorsque vient le salut final, les comédiens redeviennent simplement des acteurs, comme si, après avoir traversé les ombres de l’âme humaine, ...

Charlotte Brontë "Jane Eyre"

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  « Jane Eyre », publié en 1847 par Charlotte Bronte, appartient à cette catégorie d’œuvres mythiques dont l’intrigue, les figures et certaines répliques ont infusé l’imaginaire collectif. Pourtant, à la lecture, le livre surprend par sa modernité, sa tension morale et son intensité intime. Sous des dehors de roman d’apprentissage,  Jane Eyre  est d’abord le récit d’une conquête : celle d’une conscience. Orpheline mal aimée, enfant humiliée, puis jeune femme sans fortune, Jane ne possède qu’une chose inaliénable : une exigence intérieure. C’est elle qui donne au roman sa colonne vertébrale. Charlotte Brontë ne cherche pas à attendrir ; elle expose. Les brimades de Gateshead, la rigueur de Lowood, la solitude de Thornfield : chaque étape forge une personnalité qui refuse de plier, sans jamais cesser d’aimer. On a souvent réduit le livre à son intrigue sentimentale, à la figure sombre et tourmentée de Rochester, ou au secret qui hante les couloirs de Thornfield Ha...

"Le CHANT des LIONS" Théâtre Tristan Bernard

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  Au  Théâtre Tristan-Bernard , " Le Chant des lions" , écrit par  Julien Delpech  et  Alexandre Foulon  et mis en scène par  Charlotte Matzneff , propose un théâtre d’une belle tenue : à la fois vivant, accessible et profondément habité par son sujet. Sans jamais chercher l’effet spectaculaire, la pièce parvient à faire revivre une rencontre et une époque avec une justesse qui retient l’attention du début à la fin. Le récit s’attache à la relation entre la chanteuse  Germaine Sablon  et l’écrivain  Joseph Kessel . Leur histoire personnelle se noue dans un moment où l’Europe s’apprête à basculer, et la pièce suit la manière dont leurs vies, d’abord guidées par l’amour, se trouvent progressivement entraînées vers un engagement plus vaste. Ce glissement du sentiment vers l’Histoire constitue la véritable colonne vertébrale du spectacle. Ce qui séduit surtout dans l’écriture de Delpech et Foulon, c’est leur manière de ne jamais écraser les ...

Les soeurs Brontë

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  À l’occasion de la sortie du film «  Hurlevent » à la mi-février, j’ai eu une envie irrépressible : entrer enfin dans l’univers des sœurs Brontë. Je ne les connaissais pas. Ou plutôt, je croyais les connaître, par échos, par citations, par réputation. Je n’avais encore rien lu d’elles. Alors j’ai ouvert « Les Hauts de Hurlevent ». Puis « Jane Eyre ». Deux secousses très différentes, deux expériences presque contraires, mais une même intensité. L’une âpre, déchirante, indomptée ; l’autre traversée par une tension morale et une quête d’intégrité qui ne cèdent jamais. En refermant ces romans, j’ai compris que quelque chose s’était déplacé. Je ne me suis pas arrêtée là. J’ai vu plusieurs adaptations des deux œuvres, curieuse de découvrir comment le cinéma s’empare de ces passions à vif et de ces paysages intérieurs. J’ai aussi lu une biographie consacrée à la fratrie, et regardé deux films centrés sur leur vie. Peu à peu, ce qui n’était qu’une découve...

Emily Brontë "Les Hauts de Hurlevent"

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J’ai ouvert ce roman par curiosité, presque par devoir, à l’occasion de la sortie du film «  Hurlevent » . Je ne l’avais jamais lu, oui je sais, aveu un peu honteux pour une lectrice passionnée. Mais, je voulais absolument découvrir le roman avant de voir cette nouvelle adaptation. Je préfère toujours découvrir l’oeuvre en premier. Je ne m’attendais pas à recevoir cette claque monumentale. Dès les premières pages, le texte impose sa puissance brute. Ce n’est pas un roman aimable, encore moins un simple récit romantique. C’est une déflagration. Un cri sauvage venu des landes, porté par une langue vibrante et une atmosphère si dense qu’elle semble s’infiltrer jusque dans les silences entre les lignes. On entre dans cette histoire comme on pénètre un territoire dangereux : fasciné, inquiet, irrésistiblement attiré. C’est une histoire d’amour, oui, mais une histoire d’amour d’une nature rare, presque dérangeante. Chaque amour est singulier : certains apaisent, d’autres élèvent, qu...