Deux regards sur les sœurs Brontë : pourquoi la version de Sally Wainwright m’a davantage convaincu
Les sœurs Brontë continuent de fasciner le cinéma. Leur destin à la fois fulgurant, tragique et profondément littéraire a inspiré plusieurs adaptations, dont deux œuvres marquantes que j’ai vu récemment : « Les Sœurs Brontë » d’André Téchiné (1979) et « La vie des soeurs Brontë » (titre original : « To Walk Invisible ») de Sally Wainwright (2016).
Les deux films proposent des approches très différentes et, c’est sans hésitation la version de Sally Wainwright qui m’a le plus touché et convaincu.
Une approche esthétique contre une immersion intime
Le film d’André Téchiné est une œuvre d’auteur, très marquée par l’esthétique des années 1970. Il privilégie l’atmosphère, la lenteur, les silences, les paysages austères du Yorkshire. Le rythme contemplatif et la distance émotionnelle créent une forme de poésie mélancolique. Les personnages semblent presque figés dans une fatalité romantique, comme enfermés dans une brume permanente.
Cependant, cette approche, aussi élégante soit-elle, maintient le spectateur à distance. On observe les sœurs Brontë plus qu’on ne les comprend réellement. De plus, leur génie littéraire reste en arrière-plan, presque abstrait.
À l’inverse, « La vie des soeurs Brontë » adopte une démarche beaucoup plus incarnée. Sally Wainwright s’attache à montrer le quotidien concret des trois écrivaines : leurs doutes, leurs tensions familiales, leurs difficultés financières, mais aussi leur détermination. Le film restitue avec précision le contexte social et éditorial de l’Angleterre victorienne, rendant leur réussite encore plus impressionnante.
Des personnages plus vivants chez Wainwright
Là où Téchiné privilégie une vision presque mythologique des sœurs, Wainwright les humanise. On découvre leur complicité, leurs disputes, leur humour, leur colère face aux contraintes imposées aux femmes de leur époque.
Le personnage du frère Branwell, notamment, gagne en complexité dans la version de Wainwright : sa déchéance y est montrée de manière poignante et réaliste, et son impact sur l’équilibre familial est profondément ressenti.
Chez Téchiné, les figures sont belles, tragiques, mais parfois statiques. Chez Wainwright, elles sont vibrantes, imparfaites, intensément humaines.
Une meilleure mise en valeur du processus créatif
Un autre point fort de la version de Sally Wainwright est la manière dont le film met en scène la naissance des œuvres. On comprend les conditions dans lesquelles sont écrits « Jane Eyre » ou « Les Hauts de Hurlevent », la stratégie des pseudonymes masculins, la peur d’être découvertes, puis la surprise du succès.
Le film donne ainsi toute sa dimension révolutionnaire au parcours des sœurs Brontë : trois femmes isolées dans un presbytère rural qui bouleversent la littérature anglaise.
Dans le film de Téchiné, le génie littéraire est davantage suggéré qu’exploré. L’accent est mis sur la mélancolie, la maladie, la mort. Cela crée une œuvre belle mais moins didactique, moins engagée dans la compréhension de leur combat artistique.
Une émotion plus directe
Enfin, le film de Sally Wainwright m’a davantage ému. Peut-être parce qu’elle parvient à équilibrer la sobriété britannique avec une vraie intensité dramatique. Les relations familiales, la solidarité entre les sœurs, leur courage face aux épreuves : tout semble plus tangible, plus proche.
Le film de Téchiné reste une œuvre cinématographique raffinée, mais plus froide. J’avoue qu’à aucun moment les acteurs ne m’ont touchée. Alors que, celui de Wainwright m’a semblé plus généreux, plus vivant, et finalement plus fidèle à l’énergie intérieure qui traverse les romans des Brontë.
Conclusion
Ces deux films offrent des visions complémentaires des sœurs Brontë : l’un poétique et contemplatif, l’autre incarné et historique. Mais si je devais en recommander un seul, ce serait sans hésiter « La vie des soeurs Brontë » de Sally Wainwright, qui parvient à faire des trois romancières non pas des icônes figées dans la brume romantique, mais des femmes de chair et de volonté, dont le combat artistique résonne encore aujourd’hui.
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