"Les liaisons dangereuses" à la Comédie des Champs-Elysées


 Nous avons vu « Les liaisons dangereuses » au Théâtre des Champs-Elysées, mise en scène par Arnaud Denis avec Delphine Depardieu et Valentin De Carbonnières dans les rôle de La Marquise de Merteuil et du Vicomte de Valmont. Arnaud Denis a réussi ici un tour de force en transformant ce roman épistolaire du XVIIIe siècle en un spectacle théâtral vivant et palpitant. En préservant l'essence du texte de Laclos, Denis prend des libertés artistiques, ajoutant des scènes et des dialogues qui renforcent la noirceur et l'humour acéré de l'œuvre. Les décors classiques, les jeux de lumières et les costumes d'époque nous plongent dans l'atmosphère de la fin du XVIIIe siècle, mais avec une touche de modernité qui rend l'intrigue troublante et contemporaine.


Delphine Depardieu en marquise de Merteuil et Valentin de Carbonnières en vicomte de Valmont offrent des performances mémorables. Depardieu dépeint Merteuil avec une froideur calculée et une intelligence perçante, tandis que Carbonnières incarne Valmont avec une séduction dangereuse et une cruauté délectable. La distribution est réussi et soutient avec brio ce duo, ajoutant des couches émotionnelles et narratives à l'ensemble du spectacle. On apprécie particulièrement Michèle ANDRÉ dans le rôle de Madame de Rosemonde, la tante de Valmont, drôle et émouvante.


La pièce explore, comme l’oeuvre originale, les thèmes de la manipulation sexuelle, du pouvoir, et de l'amour comme un jeu cruel. Toutefois, Arnaud Denis ne se contente pas de reproduire la trame originale; il la réinterprète pour faire ressortir les questions de consentement, de domination et de vengeance qui résonnent encore aujourd'hui. C'est une réflexion sombre sur les relations humaines, où la perversité des personnages principaux est mise en avant avec une clarté clinique.


Certains pourraient trouver l'ajout de scènes modernes ou, que la réécriture de dialogues s'éloigne trop du texte original, mais cette interprétation apporte une fraîcheur et une profondeur qui rendent l'œuvre moderne tout en conservant son essence. Il y a une légèreté dans la vulgarité ajoutée qui pourrait choquer les puristes, mais elle sert à accentuer la cruauté et le cynisme des personnages, rendant la pièce plus vivante et, paradoxalement, plus humaine dans sa monstruosité.


Cette adaptation est une belle réussite, avec une mise en scène astucieuse et des performances qui font honneur à l'intemporalité de Laclos. Elle nous invite dans un ballet de sentiments et de trahisons où chaque mot et geste est calculé. C'est une pièce qui ne laisse personne indifférent, donnant à réfléchir sur la nature humaine, le pouvoir et les jeux de l’amour.


Adaptation et Mise en scène d’Arnaud DENIS
Distribution : Delphine DEPARDIEU, Valentin de CARBONNIERES, Salomé VILLIERS, Michèle ANDRE, Pierre DEVAUX, Marjorie DUBUS et Guillaume DE SAINT SERNIN


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