Philippe Jaenada "La désinvolture est une bien belle chose"


 En découvrant les clichés d'un photographe hollandais, Ed Van Der Elsken, immortalisant des instants de vie dans un café de Saint-Germain-des-Prés, Philippe Jaenada est profondément ému. Ces visages juvéniles, ces silhouettes insouciantes semblent lui murmurer une histoire.

Intrigué, il veut savoir qui sont ces jeunes, comprendre ce qu'ils faisaient là, dans cette parenthèse de leur existence.
Bien sûr, il se doute qu'il ne trouvera que peu de réponses concrètes, mais peu importe.
Ces jeunes avaient dix ans sous l'Occupation, un âge où l'on saisit tout sans pouvoir rien changer, où l'on subit en silence. Leur enfance, une période cruciale, leur avait été arrachée. Alors, à l’adolescence, ils avaient tenté de la revivre, de la réinventer. Dans ce bistrot de Saint-Germain, ils avaient recréé une cour de récréation, un refuge où ils passaient leurs jours, leurs nuits.

Pourtant, on ne peut pas rester enfant toute sa vie.
Mais c'est une histoire en particulier qui le hante. Grâce à des archives soigneusement exhumées, il parvient à retrouver la trace de cette jeune femme, Jacqueline, que l’on surnomme kaki, âgée d’à peine vingt ans, qui un jour, dans la chambre d'un hôtel, a choisi de se jeter par la fenêtre. À ses côtés, un amoureux, un Gl américain, impuissant témoin de ce geste désespéré. Pourquoi cette décision tragique, alors que la vie s'ouvrait encore à elle, pleine de promesses ?
Jaenada veut comprendre, explorer les méandres de cette destinée brisée.
Cependant, conscient qu'il ne trouvera peut-être pas toutes les réponses, et pour nourrir son livre, il décide d'entreprendre une autre quête : un tour de France. Pas un tour classique, non, mais un pèlerinage insolite des bistrots et des hôtels, comme une manière de se plonger dans les histoires qu'il pourrait encore raconter. Observer les gens, capter leurs rires, leurs soupirs...
Chaque jour devient une quête, un rituel : trouver un hôtel, un bistrot, un restaurant.
Pendant vingt-quatre jours, Jaenada goûte à une liberté totale, une désinvolture presque enfantine. Ses mésaventures, ses rencontres viennent apporter une légèreté bienvenue, une touche de lumière qui contraste avec la gravité du destin des jeunes « moineaux » de Saint-Germain et de celui de la jeune Kaki.
Ce roman, empreint d'une grande sensibilite, touche au cœur. Il navigue habilement entre le passé et le présent, entre mélancolie et insouciance, offrant au lecteur une réflexion émouvante sur la fragilité de la vie et la quête, éternelle, d'une jeunesse perdue.

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