Kamel Daoud "Houris"
Kamel Daoud, avec ce roman, explore les séquelles de la décennie noire en Algérie à travers la voix d’Aube, jeune femme ayant survécu à une tentative d’égorgement à l’âge de 5 ans lors de cette période de violence. Aube, désormais muette, s'adresse à l'enfant qu'elle porte, qu'elle nomme Houris, en lui narrant son histoire et celle de l'Algérie durant les années de terrorisme islamiste. Elle lui raconte l'attaque qui a décimé à sa famille et ravagé son village, la nuit du 31 décembre 1999. Vingt ans après, marquée par un sourire de 17 centimètres sous son menton, trace du couteau, elle dirige un salon de coiffure qu'elle a nommé Shéhérazade, symbole de la résistance par la parole.
Dans ce monologue intérieur, Aube revisite les lieux du drame, cherchant à comprendre et à se souvenir, malgré une loi d'amnistie qui impose l'oubli sous peine de prison.
Elle entame un périple vers son village natal, surnommé « l’Endroit Mort ». Ce voyage est autant une quête de mémoire qu'une lutte contre l'effacement des atrocités commises.
Aube incarne la volonté de ne pas laisser le silence et l'oubli gagner sur la vérité des événements. Le récit de Daoud est une méditation sur la douleur, de la survie, et la quête de justice et de reconnaissance pour les victimes de la guerre civile. "Houris" est une tentative de briser le silence, de donner une voix aux sans-voix, et de tisser la mémoire individuelle et collective dans une Algérie qui tente de se réconcilier avec son passé tumultueux.
Aube est bien plus qu'une figure de fiction; elle incarne la voix, le souffle, l'écho de tous ceux que l'histoire officielle a voulu faire taire. Bien que silencieuse, elle devient, paradoxalement, la conteuse la plus éloquente de la souffrance et de la résilience.
Kamel Daoud, avec sa plume élégante et poétique, écrit un livre poignant et courageux qui brise le silence offrant ainsi une résonance littéraire aux échos de ceux que l'histoire officielle a tenté d'étouffer.
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