Rusty James de Francis Ford Coppola


 Rusty James


Francis Ford Coppola · États-Unis, 1983 

Avec Matt Dillon, Mickey Rourke, Dennis Hopper



Il arrive que l'on entre dans un film, non pas par l'histoire, non pas par les personnages, mais par une lumière. Une lumière qui tombe d'une certaine façon, qui cisèle les visages et qui vous convainc, avant même que la première réplique soit prononcée, que vous vous trouvez en présence de quelque chose de rare. Rusty James est ce film-là. Celui dont on ressort troublé, non pas parce que l'on a été remué par une intrigue, elle est belle, certes, elle porte sa part de vérité et de douleur, mais parce que l'on a traversé une expérience visuelle d'une cohérence presque vertigineuse.

Le parti pris est saisissant dès les premières images. Ce noir et blanc, que l'on serait tenté de dire bressonien, si Coppola n'y insufflait pas une sensualité toute américaine, n'est jamais un ornement nostalgique, jamais une affectation d'auteur. Il est la condition même du film. Il dit l'époque révolue, la jeunesse qui se déchire, l'impossibilité de tenir les promesses que l'on s'est faites à soi-même. Le monde de Rusty James n'a pas de couleur parce qu'il n'a plus d'avenir.

Matt Dillon porte ce film sur son visage autant que sur ses épaules. Coppola le saisit en gros plans d'une intensité troublante, capturant les nuances d'une confusion que les mots ne sauraient tout à fait dire. Et c'est sans doute là le génie de l'entreprise : confier à l'image ce que le récit ne peut qu'esquisser. Mickey Rourke, lui, traverse l'écran comme un ange fatigué, une présence qui éclipse tout sans effort, dont le corps seul semble contenir tout ce que le film veut raconter sur la beauté inutile et la mort lente des mythes.


Coppola travaille ici dans un registre qu'il n'a que rarement retrouvé par la suite : celui du poème cinématographique, où chaque plan vaut pour lui-même, indépendamment de la chaîne narrative. Quarante ans après sa sortie, Rusty James demeure une énigme lumineuse dans la filmographie de son auteur. Un film que l'on redécouvre moins pour ce qu'il raconte que pour ce qu'il fait à nos yeux. Et il est des films dont on ne demande rien d'autre.



la grâce de l'image pure


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