"Françoise par Sagan" au théâtre de Poche-Montparnasse avec Caroline Loeb


 Au Théâtre de Poche-Montparnasse, Caroline Loeb fait revivre Françoise Sagan. Pas la légende, non. La femme. Celle qui parlait de l'argent comme d'un ami encombrant, du désir comme d'une évidence tranquille, de la mort comme d'un rendez-vous qu'on finit toujours par honorer, et dont on remet sans cesse la date.

Ce qui frappe d'abord, c'est la justesse. Caroline Loeb ne fait pas Sagan : elle ne l'imite pas, ne la singe pas, n'emprunte jamais ce chemin de traverse affreux, la ressemblance appuyée, qui tue tout ce qu'il prétend rendre hommage. Elle l'habite, simplement. Avec une sobriété qui force l'admiration et, plus rare encore, la confiance. Dès les premières minutes, on oublie qu'on est au théâtre. On oublie même qu'on écoute une comédienne. On écoute Sagan. Sagan qui se raconte sans se plaindre, qui dit la vérité sans en faire un drame, comme si la vérité était la chose la plus naturelle du monde.

Le texte, tiré du recueil « Je ne renie rien », est d'une beauté nue, presque sèche. Ce sont des mots d'interview, des confidences livrées à des journalistes pressés, et pourtant cela sonne comme de la littérature. Parce que Sagan, même quand elle parlait, écrivait. Caroline Loeb le sait. C'est pour cela qu'elle s'efface devant les mots, qu'elle leur laisse toute la place, toute la lumière. On est happé, immédiatement, comme on l'est par les premières mesures d'une musique qu'on reconnaît sans savoir où on l'a apprise.

Il y a là quelque chose de touchant. Je sais qu'on use trop de ce mot, qu'on l'a usé jusqu'à la corde, mais pour une fois il dit exactement ce qu'il veut dire : on est touché. Par cette femme qui avouait n'avoir jamais su être malheureuse comme il faut. Par cette liberté qu'elle revendiquait sans arrogance, comme une chose qui allait de soi et qu'elle n'aurait su taire. Par cette façon de parler de la solitude comme d'une vieille compagne, agaçante, familière, et finalement aimée.

La mise en scène d'Alex Lutz est sobre, elle aussi. Peut-être trop, et c'est la seule réserve qu'on se permettra : on aurait voulu un espace scénique autrement dessiné, plus incarné, un écrin visuel à la hauteur de la musique du texte. Quelque chose qui en épouse les inflexions, qui lui offre un contrepoint, une ombre portée. Mais c'est presque un caprice. Un désir de trop. L'essentiel est ailleurs, et il est intact.

L'essentiel, c'est qu'en sortant du théâtre, on porte cette impression étrange, douce et un peu mélancolique, d’avoir passé une heure en compagnie de quelqu'un qu'on aurait tant aimé connaître. On a envie de relire Bonjour tristesse, de replonger dans cet univers où tout brûle à feu doux. De boire un verre de trop. De dire à quelqu'un qu'on l’aime… ou qu'on ne l'aime plus.

C'est-à-dire, au fond, d'être vivant.



 FRANÇOISE 

   PAR   SAGAN 


D’après "Je ne renie rien" de Françoise SAGAN

Mise en scène Alex LUTZ 

avec la collaboration de Sophie BARJAC


Avec Caroline LOEB


Lumière : Anne COUDRET - Décor : Valérie GRALL - Costume : IRIÉ

Assistante : NOISETTE - Musique et création sonore : Agnès OLIER et BÉESAU


👉 Théâtre de Poche 👈


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