"Le Barbier de Séville ou la précaution inutile" au Lucernaire

 


Au Lucernaire, Le Barbier de Séville retrouve une jeunesse éclatante sous la direction inspirée de Justine Vultaggio. Loin de figer l’œuvre dans un écrin patrimonial, la metteuse en scène lui insuffle une vivacité réjouissante, comme si Beaumarchais avait écrit ses répliques hier.

Dès les premières minutes, le ton est donné : ici, le rythme est roi. Tout s’enchaîne avec une précision d’horloger, sans jamais sacrifier la respiration du texte. Les quiproquos fusent, les apartés glissent avec malice jusqu’au public, et l’on redécouvre à quel point cette mécanique comique repose sur une intelligence du langage et du tempo. Justine Vultaggio semble avoir compris que la modernité de la pièce tient moins à une actualisation forcée qu’à une direction d’acteurs fine, presque musicale.


Car ce sont bien les comédiens qui font battre le cœur de cette mise en scène. La troupe, soudée et généreuse, porte la pièce avec un enthousiasme communicatif. Figaro, pivot espiègle de l’intrigue, irradie d’une énergie contagieuse, maniant l’ironie avec une aisance jubilatoire. Face à lui, les autres personnages ne sont jamais relégués au rang de simples faire-valoir : chacun trouve sa couleur, sa nuance, sa petite musique intérieure.


Rosine, notamment, échappe aux clichés pour devenir une jeune femme vive, déterminée, dont la finesse d’esprit fait jeu égal avec celle de ses interlocuteurs. Quant à Bartholo, il gagne en humanité ce qu’il perd (un peu) en caricature, ce qui rend ses emportements d’autant plus savoureux. Tous composent un ensemble d’une grande cohérence, où le collectif prime sans jamais étouffer les individualités.


La scénographie, sobre et inventive, accompagne ce mouvement avec élégance. Quelques éléments suffisent à suggérer les lieux et à nourrir l’imaginaire, laissant toute la place au jeu et au texte. Rien n’est de trop, rien ne manque : un équilibre rare, qui témoigne d’une véritable confiance dans la puissance du théâtre.


Ce Barbier de Séville ne cherche pas à réinventer la roue, et c’est précisément ce qui fait sa réussite. Il rappelle, avec fraîcheur et intelligence, que le théâtre de Beaumarchais est avant tout un théâtre d’acteurs, de rythme et de plaisir partagé. On rit beaucoup, mais sans superficialité ; on admire sans distance ; et l’on sort avec le sentiment d’avoir assisté à une célébration sincère et vivante du spectacle.


Une soirée comme on en voudrait plus souvent : enlevée, élégante, et profondément réjouissante.



"Le Barbier de Séville ou la précaution inutile"

Mise en scène de Justine Vultaggio

avec : 

Oscar Voisin ou Arthur Guézennec,

Victor O'Byrne ou Jules Fabre,

Michaël Giorno-Cohen,

Justine Vultaggio ou Laura Marin

Alexis Rocamorra

Au Lucernaire jusqu'au 24 Mai 2026


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